jeudi 20 décembre 2012

Face aux démons, Etienne Bar




 Résumé officiel :
 (en le cherchant je suis tombée sur un film du même nom...)
Fronin est un guérisseur paisible au sein de la Confrérie des Edrulains. Mais il se dévoue plus à son art qu’à son épouse…
La politique edrulaine le jette dans un conflit entre Borênans arriérés, menés par un seigneur de guerre ambitieux, et Verougues brutaux et impérialistes.
Happé de batailles en trahisons, Fronin retrouve Néalanne, son premier amour, peut-être pour se perdre à jamais. Il doit prendre ses propres décisions ou rester la marionnette de conflits qui le dépassent… et de ses propres démons.

Comment je l’ai eu entre les mains (c'est une histoire un peu abracadabrante) :
Et bien une amie m’a parlé d’un de ses amis qui cherchait un stage dans une maison d’édition et qui avait trouvé ce site sur internet : www.libreterre.fr. Ni une ni deux et n’écoutant que mon courage j’envoie un mail à l’instigateur d’un tel projet (qui ne pouvait que me plaire ! ^^) et lui propose mon aide pour la béta-lecture et les corrections de futurs manuscrits. S’ensuit un échange de quelques mails et une bonne entente qui se conclut par la chose la plus naturelle que deux « éditeurs » puissent faire afin de juger du travail l’un de l’autre : s’échanger leur livre ! Enjan a donc pris son cheval pour voyager du côté de Rennes, tandis que Fronin de Lyr et de nombreux autres arrivaient à Nantes.

Genre et thèmes : héroïc fantasy, magie, démons, politique, complots, aventures...

L’auteur : cf au dessus. 


J’ai énormément aimé ce livre (s’il fallait résumer mon avis) et c’est le plus abouti de tous les livres auto-publiés que j’ai pu lire cette année.

L’histoire donc : le livre est plutôt gros mais on n’a pas le temps de s’ennuyer. L’histoire commence de manière directe, on découvre rapidement les personnages principaux et on est tout de suite happé dans le récit de leurs aventures. Le rythme est régulier, sans vraiment de surprises (pour moi en tout cas - qui avais par exemple compris d’où venait le talent exceptionnel de Fronin au troisième chapitre...), sauf vers la fin où le procès puis la bataille finale sont captivants et où je me suis vraiment demandé qui allait mourir ou pas. Dans le reste du récit on alterne action/temps de pause, ce qui plaira à ceux qui militent pour que les héros aient aussi droit à des vacances.
On suit un bout de vie des héros, on sent une grande et épaisse histoire derrière, des histoires d’emprisonnement, de complots, certains sont exclus des rangs de leur communauté, en exil etc… et nous voilà soudain plongés dans ces flots plutôt agités ! On découvre alors de nouveaux complots, des guerres se font, des actions d’éclats sont à accomplir. Si j’ai bien suivi, l’histoire se base sur l’univers d’un jeu de rôle (mais elle n’a pas été jouée elle-même dans le cadre d'une partie) et on le sent dans le rythme particulier que cela crée dans le récit. C’est plutôt intéressant et le fait d’avoir réussi à mêler plusieurs intrigues à la fois (les combats des personnages pour leur guilde, leur quête personnelle et notamment de croiser de temps en temps un démon pour faire avancer Fronin) évite avec brio un récit trop droit qui aurait pu devenir lassant sur ce type d’histoire. (exemple : Harry Potter est droit : toute action est faite pour arriver à la fin, ici on a une ligne droite, mais avec autour des sinusoïdes qui parlent d’évènements secondaires moins importants ou qui créent des mini-intrigues dans l’intrigue principale).

Le style : le vocabulaire soutenu est bien utilisé pour qu’on sente la « culture » des personnages sans pour autant que cela soit lourd. Il y a un humour léger et bienvenu.
Le choix de narration est plutôt original : il est identique à celui de la Horde du Contrevent, « tu vois quoi » dirait A. Damasio... Chaque chapitre est divisé en plusieurs parties, chaque partie est narrée par un personnage différent, à la première personne ! Au début, c’est un peu déroutant. Mais ça marche plutôt bien et c’est très bien utilisé (le "cours" à venir est là-dessus en plus !) : parfois cela permet de dévoiler des éléments de l’intrigue ou d’expliquer des faits passés/à venir. Le seul bémol, c’est que s’il y a quelques différences entre la manière de s’exprimer de chaque personnage, elles ne sont pas toujours extrêmement perceptibles comparé (par exemple) à la Horde du Contrevent. Cependant, tous les personnages sont à peu près du même acabit : de grands maîtres magiciens ou guerriers, plutôt bien éduqués. Donc ce n’est pas gênant.
Le petit plus par rapport à la Horde par contre, c’est d’avoir des quidams de passage qui racontent pendant un paragraphe l’histoire. Comme je milite pour que les sujets des prophéties ne soient pas les héros des livres (Ô grand Maître Perrine…), je milite pour que les personnages secondaires voire inutiles soient tous des héros en fait et je rêve souvent de suivre le point de vue d’un ennemi qui va se faire tuer dans une bataille dès le début du livre… (et là vous comprenez que c’est un rêve parce que si le héros est finalement un soldat inutile de l’armée adverse du camps des gentils, qui meurt dès le début, alors 1) il n’y a plus de livre 2) il serait inutile aussi (le livre) 3) s’il meurt au début et que du coup son histoire s’arrête, alors c’est la fin du livre et pas le début…. Je m’égare).

Les personnages :
Les personnages sont nombreux. Très nombreux. Parfois même un peu trop ^^’. Malgré mon entraînement intensif sur le Seigneur des Anneaux, le Silmarillon et mes propres récits, j’ai eu du mal à me souvenir de tous les noms. Le nom du héros, Fronin, reste assez bien, mais après par exemple se souvenir du nom de ses amis et qui ils sont exactement (quelle espèce, quel rôle – guerrier, magicien, soigneur…) n’est pas donné. Je me suis rendue compte à la fin qu’il y avait une liste de personnages en annexe dans le livre… je n’ai plus qu’à le relire !

Les personnages sinon sont bien construits, comme je l’ai dit on sent tout le passé qu’ils ont derrière eux et cela aide à les étoffer directement. J’apprécie le caractère du héros (Fronin), plutôt calme et indolent, qui sait se montrer têtu et parfois on a envie de lui secouer les puces en lui disant « Mais allez ! Bouge-toi, fais quelque chose ! Ne reste pas à te morfondre et attendre ! » (cependant j’avoue qu’il n’a pas beaucoup d’autres choix). Un personnage simple, sympathique, au grand don ( ?) et aux grands défauts ! Il y a d’autres personnages amusants : les amis de Fronin en général, surtout lorsqu’ils ont bu. Et Lonel, l’Elfe qui l’accompagne souvent, est discret dans l’histoire mais sa présence est plutôt forte de par sa relation de confiance avec le soigneur (Fronin). Il y a un peu de tout : on trouve aussi des femmes jalouses (qui me font peur personnellement) et des amoureuses vraiment courageuses (pour attendre quatre ans que l’homme qu’elles aiment viennent les retrouver), il y a des personnages hautains, colériques, bagarreurs… bref un beau panel. Je donne la palme d’or du meilleur personnage à Elianelle qui a pour pouvoir de ressentir les émotions des gens et faire partager les siennes… et qui sait très bien s’en servir pour utiliser ses amis comme ses ennemis ! Manipulatrice au possible, ce personnage, dès qu’elle ouvre la bouche on sait que de toute façon elle a déjà gagné… sauf à la fin, qui est vraiment amusante !

Les relations entre les personnages sont aussi très bien faites et très intéressantes. Dans le livre, plusieurs populations s’affrontent (le peuple de Borêne, les Verlandais, les gens de Verrou, les sangrelins, etc… et les Edrulains, une sorte de confrérie de mages et combattants qui viennent de tous les horizons et se rassemblent sous une même bannière pour défendre l’île de Libreterre, qui les abrite, et des valeurs communes. Fronin et cie sont Edrulains) et l’évolution des relations entre les différents personnages, en fonction de leur île d’origine et du cours de la politique est compliqué à souhait ! Un jour untel est l’ennemi, le lendemain c’est votre allié même si vous ne l’aimez pas… ou bien par exemple : 
Néalanne (une amie de Fronin ) est otage chez untel, afin de protéger le pacte de non agression qu’il a fait avec les Edrulains, dont c’est un allié, mais puisqu’il a des otages c’est plus un ennemi non ? Sauf que c’est lui qui a sauvé Fronin de la mort lorsque celui-ci était petit… donc en fait c’est un ennemi mais c’est l’ami de Fronin… 
voilà, vous avez une petite idée du casse-tête délicieux qui vous attend. Le truc génial, c’est qu’on comprend (pour ceux qui ne le savait pas encore) à quel point il n’y a pas les méchants d’un côté et les gentils de l’autre ! Il y a des gens biens, mauvais, traîtres qui retournent sans cesse leur chemise ou d’autres qui ne font tout que pour leur pomme dans tous les camps, dans tous les sens…
Je voudrais aussi décerner à Solban la palme du personnage le plus agaçant qui soit. Il est parfaitement détestable, surtout vers la fin (où il commence à prendre de l’importance) lors de l’accession de Fronin au rôle de maître et pendant le procès de Néalanne.

Les points forts :
Un univers vraiment complet et construit, tant au niveau de la richesse du monde (cartographie, les différentes mœurs, les différentes races, l’histoire qui précède le récit etc…) que des règles de bases (comment se comprendre quand on parle différentes langues ? les limites des pouvoirs magiques de chacun etc… par exemple l’idée qu’un magicien puisse subir à tout moment un retour de pouvoir est vraiment bien car cela signifie que subitement il est capable de se retrouver hors service). On sent vraiment l’univers d’un jeu de rôle : il y a tout pour avoir des aventures et tout pour pouvoir s’en sortir (ou pas…), ça donne une certaine texture à l’histoire qui est ma foi fort particulière et agréable. C’est un récit que je qualifierais d’ouvert : on sent bien que des aventures racontées peuvent en découler des dizaines d’autres. Je trouve ce genre de dispositions intelligentes car elles permettent au lecteur de laisser encore plus libre cours à son imagination.

L’histoire est bien menée, les personnages sont riches de par leurs idées et différents caractères… (j’écris cette chronique dans le train et je sens que je vais être malade… et ça n’a pas raté ==’ la première classe en fait c’est vraiment désagréable ! bon on OSEF de ma vie…).

La mise en page est parfaite, agréable à l’œil, facile à lire. La couverture est simple mais efficace, elle change des couvertures des livres du même genre qui sont de nos jours (je trouve) trop chargées. (Peut-être cependant ici que l’illustration n’est pas très explicite vis-à-vis du titre ou même de l’histoire).

Je n’ai vraiment rien à dire en fait : le livre est un point fort à lui tout seul ! C’est très complet, cohérent, ça marche très bien tant au niveau de l’histoire que des personnages, et l’écriture est agréable.

Les dialogues ! Que n’allais-je les oublier ! Et bien les dialogues sont… j’aurais du mal à trouver un mot pour résumer. Très efficaces. En fait, il n’y a aucune incise, ce qui donne :
     balbalbla
     blablabla
     blablab
     blablabl
     blalablabla
comme un pièce de théâtre (ou un jeu de rôle ^^). C’est plus que déroutant au début et parfois tout de même on se demande qui parle. Mais sinon ça donne du vif, de l’énergie aux scènes, ajoutons à cela quelques répliques bien trouvées et la sauce est exquise ! Je suis fan ! (mais quelques indications seraient bien parfois tout de même).

Je viens aussi de découvrir la devise du dieu Lokar et je me dois de l’approuver (« Soyez libres et heureux sans jamais empêcher les autres de l’être »).

Puisque je ne pourrais pas plus chanter les louanges de ce livre sans être redondante je fais un petit détour financier : 15 € pour 500 pages d’une telle qualité c’est un joli prix (même 19€, si on compte les frais de port, c’est un bon prix ^^)! A votre place (lecteurs en attente de lire ce livre) je n’attendrais pas ! (notons en plus que, tellement émue par la qualité générale de mise en page et de l’histoire, j’ai utilisé des post-its pour noter mes commentaires sur les pages au lieu de le faire directement entre les lignes… c’est dire, c’est dire !). Vous pouvez aussi vous procurer le livre en e-book pour 6.99€.

La compliquitude (je sais qu’on dit complexité normalement, mais là c’est un néologisme pour parler d’une complexité positive : je trouve que le mot complexité à une connotation trop forte dans le négatif, on sent tout de suite une difficulté) du livre dans son intrigue, les relations entre différents peuples etc… le lecteur doit vraiment s’investir dans sa lecture et réfléchir, c’est très bien et vivifiant !

Les points faibles : 
Un peu trop de personnages et quelques incises manquantes dans les dialogues.

Puisse qu’il faut me creuser la tête pour ajouter quelque chose je vais faire ma capricieuse : je voudrais aussi une frise chronologique des actions antérieures au récit dans les annexes (qui était prisonnier où et quand, s’est battu où et avec qui…) ainsi qu’un exposé simple (un diagramme ?) de qui est allié (ou pas) avec qui au début de l’histoire. Aussi peut-être une encyclopédie des différentes races existantes et leurs particularités (ça doit être sur le blog, mais tout lecteur ne peut accéder au blog ^^).

Il y a tout un chapitre sur Néalanne donnant naissance à son enfant-dragon qui est (comme le reste) bien écrit et révélateur de beaucoup de choses sur les Folandes etc… que pourtant je trouve légèrement en trop. D’abord parce que ça oblige à un retour en arrière (et que c’est déjà assez compliqué de suivre l’histoire de manière chronologique ^^), ensuite parce que ça n’apporte pas grand-chose à l’intrigue en elle-même. Enfin parce qu’à ce moment du récit on aimerait savoir la suite des aventures des autres personnages et qu’on ne comprend pas ce que vient faire cette jeune femme ici ^^ ! Enfin ça n’engage que moi, un autre lecteur pourrait penser tout autre chose.

Les explications à la fin… soit j’ai lu le livre pas assez vite, soit il faut vraiment être fanatique et se souvenir du moindre détail pour les comprendre dans toute leur finesse (mais ne vous inquiétez pas lecteur à la mémoire courte, ça se comprend quand même très bien). Par exemple, on nous annonce que la mort d’Eline aurait pu servir à amorcer un plan à plus grande échelle… fort bien mais personnellement je ne me souvenais plus qui était Eline, je ne savais même pas/plus qu’elle était morte (voire qu’elle avait existé) le problème d’avoir pleins de personnages je pense (petite théorie littéraire en réflexion), c’est que le lecteur est obligé d’établir lui-même sa propre hiérarchie qui sera (ex sur le Seigneur des Anneaux) : les héros et leurs ennemis (Frodon, Argorn, Sauron)/les amis des héros et les complices des méchants (Legolas, Gimli, Gandalf, Sam, Saruman, Nazguls)/personnages secondaires appréciés (Pippin, Elladan, Faramir). Autrement dit Eline, morte en mission je pense au début du livre, inconnue de moi, s’est complètement évaporée de mon esprit durant le livre, pour que je puisse réussir à me souvenir de choses plus importantes dans l’immédiat (ex : Ah oui, là Fronin est sur un bateau, fait semblant d’être sous les ordres d’un de ses anciens protecteurs qui est allié en secret avec sa confrérie mais ses hommes doivent pas le savoir car ils n’aiment pas la magie, c’est pour ça que les dragons et les mages font du brouillard… donc Fronin ne doit guérir personne… donc… donc… etc).
Bref, certains éléments repris pour la conclusion pourraient être mis un tout petit peu plus en avant dans le récit afin qu’on se pose moins de questions à la fin et plus au milieu (qu’on se doute que ces évènements cachent quelque chose à plus grande échelle) (je sais, c’est moi qui dit ça – j’entends déjà quelqu’une me tirer les oreilles comme quoi je ne suis pas mieux – mais que voulez-vous ! Il est toujours (trop) facile de donner des conseils ^^)

En bref :
C’est très étrange comme sensation : j’ai beaucoup apprécié ce livre, l’histoire avait de quoi me plaire dès le départ (des magiciens, des dragons et des personnages intéressants) et c’est un des meilleurs que j’ai lus cette année : sur la trame de l’histoire il n’y a rien à redire, sur l’écriture non plus et même pas sur la mise en page ! (frustrée, Liane s’en va bouder…). En même temps, comparé par exemple aux Chroniques d’un Arch’elar ou à la Guerre des Eléments, si j’étais aussi captivée par le récit, j’ai beaucoup moins été surprise par l’intrigue (mais c’est peut-être aussi que j’ai tellement lu ce genre de livre qu’il faudrait vraiment un truc énorme pour me surprendre).
Enfin j’arrête de me plaindre et je conseille à tous les amoureux de jeux de rôles épiques, moyenâgeux etc… et aux lecteurs d’héroïc fantasy de lire ce livre, qui vaut bien un Lancedragon ! A LIRE donc mais au vu de sa compliquitude je le conseille surtout à un public connaisseur de ce genre de récits (et je conseil aussi de commencer l’immersion en se rendant sur le blog « Bienvenue surles Folandes » pour vous préparer à cette joyeuse noyade !)

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